Moteurs de recherche vs IA

Moteurs de recherche vs IA : quelles différences dans la recherche d’information ? Pourquoi continuons-nous à utiliser Google alors que ChatGPT offre une réponse instantanée ? Parce que moteur de recherche et IA ont des rôles complémentaires (en tout cas pour le moment !). Le premier interroge l’ensemble du web et livre des pages à jour. La seconde résume, rédige et personnalise. Cette différence bouleverse déjà la recherche d’information, mais aussi la production de contenus.

L’IA est très efficace pour analyser, synthétiser, automatiser, gagner du temps, rédiger, etc. Le moteur reste indispensable pour obtenir des données très récentes ou très spécifiques. Il est essentiel pour analyser des sources en jetant un simple coup d’œil sur les liens de la liste de résultats. Pour obtenir les horaires d’ouverture d’un magasin près de chez soi, Google est encore la meilleure ressource. Tout comme pour obtenir la liste des programmes et séances de cinéma.

Analysons quelques exemples de requêtes :
  • Repérer des articles académiques pour un mémoire : avec Google Scholar, un étudiant cherche des documents sur le thème du cyberharcèlement et de la santé mentale. Il obtient une liste triée par citations. Les sources sont fiables et la date apparaît immédiatement. Il peut se procurer les articles dans les ressources électroniques de la BU. Avec ChatGPT, s’il demande « Propose-moi cinq articles récents en open access sur l’impact du cyberharcèlement sur la santé mentale » il va obtenir en 2 secondes une sélection et le lien vers les sources. Mais quid de l’existence réelle de ces articles (qu’il devra vérifier), et de leur actualité ? Quid des critères de sélection de ces sources ? (Sans compter que sur des questions scientifiques pointues des outils comme Elicit ou Consensus sont bien plus pertinents que ChatGPT.)
  • Rédiger une lettre de motivation : l’IA fournit en quelques secondes un texte fluide, à adapter ensuite (encore faut-il en avoir le réflexe !). Google renvoie vers des modèles et des conseils, laissant l’utilisateur rédiger lui-même. Avec l’IA on gagne du temps, avec Google on apprend à faire soi-même, deux usages utiles et complémentaires. D’ailleurs, quand on a finit de rédiger sa lettre de motivation, pourquoi ne pas la soumettre à l’IA pour lui demander son avis ?
  • Comprendre une théorie complexe : le moteur de recherche va renvoyer vers des articles Wikipédia, ou autres, qu’il faudra ensuite lire et analyser. L’IA va rédiger un court texte, éventuellement vulgarisé si on le lui demande. Mais mieux vaut utiliser un moteur et approfondir progressivement si l’on veut saisir le contexte, les nuances, voire les avis différenciés.
  • Formater une référence bibliographique : sur le web, l’étudiant ou le bibliothécaire va chercher comment citer une référence d’article scientifique selon le style de l’APA. Le moteur va lui retourner des sites expliquant les normes ou des modèles qu’il devra adapter à ses sources. A l’IA, vous pouvez demander de décliner une référence bibliographique selon plusieurs normes différentes. Vous récupérez instantanément la référence formatée. Reste à vérifier qu’aucun détail n’a été inventé…
  • Enfin, quand je veux trouver un bon restaurant coréen autour de chez moi, Google reste imbattable. Il me fournit l’adresse, les horaires, les photos, le menu, et les avis clients !
Comparatif

J’ai demandé à ChatGPT un petit tableau comparatif et voici sa réponse, preuve qu’il est capable d’autocritique 🙂

Moteur de recherche vs IA

Bref, pour le moment en tout cas, les deux outils restent complémentaires, et dans la mesure où il faut toujours vérifier les affirmations, sources, chiffres et références de l’IA, le moteur reste indispensable. Pour des recherches d’informations spécialisées, il est plus pertinent d’utiliser des IA génératives spécialisées (Ordalie, Scispace, MathGPTPro, …) et plus généralement, il faut l’intégrer dans nos pratiques métiers.

Du moteur de recherche au moteur de réponses…

Avec les dernières annonces de Google l’impact sur le trafic et les SEO va être considérable. Le fantasme du moteur de réponses n’est pas nouveau, on nous l’a promis avec le web de données, avec le web sémantique, Wolfram Alpha en est l’exemple le plus ancien (mais finalement on s’en sert très peu, non ?)

L’arrivée des AI Overviews dans Google et d’outils comme Perplexity a déclenché une hausse massive des recherches sans clic : près de deux tiers des requêtes US trouvent une réponse sans visiter un site. Lorsqu’un résumé IA s’affiche en haut de page, le taux de clic organique (pourcentage d’internautes qui cliquent sur un lien dans une liste de résultats) chute de 30 % à 70 % selon les études. Sur ChatGPT, l’effet est encore plus radical : moins de 1 % des réponses débouchent sur un lien ouvrable.

Quelles conséquences ?

Pour les producteurs de contenus sur le Web, le risque est de perdre du trafic au profit d’une visibilité concentrée sur trois ou quatre sources retenues par l’IA, et donc voir leur site disparaitre des radars ! Cela va remettre totalement en question le référencement naturel des sites et des contenus.

Pour les internautes, plus encore qu’aujourd’hui, il y aura d’avantage de simplicité, de gain de temps, moins de scroll et de publicités. Mais cela va générer une perte de visibilité sur les sources et moins de sérendipité. Cela pourrait également accentuer un affaiblissement de l’esprit critique ainsi que des compétences telles que l’analyse, la rédaction ou la réflexion autonome, etc. En deux mots, une augmentation des inconvénients déjà révélés de l’IA.

Si aujourd’hui, le moteur de recherche nous sert à vérifier les données produites par l’IA, où et comment ferons-nous ces vérifications demain, si Google devient lui-même un moteur de réponses ? Faudra-t-il « réinventer » les listes de résultats ? Accepterions-nous que ChatGPT devienne l’unique point accès au Web ?

Nous devons garantir la diversité et le renouvellement des sources, condition nécessaire à une information fiable et responsable à l’ère des réponses instantanées et des fake news.

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