Sauvegarder son patrimoine et ses données

Plans d’urgence et de sauvegarde, plan de continuité d’activité ou plan de reprise, sont des procédures étudiées durant nos études ou nos formations et auxquelles nous prêtons généralement peu d’attention, voire que nous reportons à plus tard quand nous sommes en activité… Et pourtant !

L’épidémie de Covid-19 et plus récemment l’incendie des datacenter d’OVH à Strasbourg, montrent en effet que les événements imprévus et les sinistres adviennent de manière inattendue et parfois violente, et que, faute de les avoir anticipés, on peut rapidement se trouver dans une situation catastrophique. Souvenons-nous notamment des sinistres qui ont frappé la BnF en 2014, la bibliothèque de l’École des chartes en 2017, et les archives municipales de Flers en novembre dernier : personne n’est à l’abri !

Chez CF2ID nos activités de e-learning – cours, exercices, vidéos, dossiers stagiaires, etc. – étaient localisées chez OVH à Strasbourg. Nous avons découvert l’annonce de l’incendie dans les médias le mercredi matin mais fort heureusement nous disposions d’un plan de sauvegarde et de reprise d’activité que nous avons activé dès le jeudi pour être de nouveau opérationnels le lendemain matin. Je n’ose pas imaginer ce qu’aurait été la perte de toutes nos données, parties en fumée dans le cloud !

Et pour jouer à se faire peur voici un court rappel des sinistres possibles : intrusion dans les locaux ou dans les serveurs, hacking, vols de données, panne, malveillance, incendie, inondation, tremblement de terre, épidémie, guerre… et j’en passe !

Il est donc primordial d’anticiper et de prévenir tout ce qui peut l’être.

L’article de Jocelyne Dechaux sur les plans d’urgence en bibliothèque commence d’ailleurs ainsi : « Peu d’établissements ont rédigé un plan d’urgence alors qu’il est l’une des missions majeures des responsables de collections » [1].

Et cette problématique concerne aussi bien les données informatiques que les fonds de bibliothèques, d’archives ou de musées, bref tout ce qui entre dans la définition du « patrimoine » d’un organisme ou d’une entreprise au sens large.

Le plan d’urgence a « pour objectifs la sensibilisation de l’ensemble des personnels aux différents risques, la prévention des sinistres afin d’en éviter le plus grand nombre possible et la préparation des interventions afin de minimiser les dommages subis par les collections »[1]. Quant au plan de sauvegarde, il formalise et priorise les processus de sauvegarde des fonds ou des données. Ces deux documents sont d’ailleurs le plus souvent réunis en un seul.

Le plan de continuité permet, en cas de sinistre majeur, de poursuivre a minima une partie des activités, même en mode « dégradé » si besoin, comme on l’a vu avec la mise en place des « click and collect » dans les bibliothèques (et les librairies) dès le premier confinement. Son objectif est de garantir une continuité des services.

Enfin, le plan de reprise d’activité concerne l’ensemble des processus permettant d’assurer la reprise d’activité la plus rapide possible après une interruption partielle ou totale. Il se présente sous la forme d’un document écrit qui détaille, étape par étape, les actions à mettre en œuvre face à différents types d’incidents.

Pour mettre en œuvre tous ces moyens de prévention, tout n’est pas de la responsabilité du bibliothécaire, du documentaliste ou de l’archiviste (chacun son métier !) et dans une grande structure on travaille en équipe avec la DSI, la sécurité, etc. Chez CF2ID nous avons confié cela à un expert de la gestion d’information, Eric Guéguen.

Quelques ressources pour aller plus loin…

Plan d’urgence – Ensemble d’informations pour la mise en place et le bon déroulement d’un plan d’urgence pour la sauvegarde des collections en cas de sinistre. Site de la BnF, https://www.bnf.fr/fr/plan-durgence

Prévention des catastrophes et plans d’urgence précis. IFLA, International Preservation Issues, n°6. 2006. https://www.ifla.org/files/assets/pac/ipi/ipi6-fr.pdf

Mon plan d’urgence ! plaquette Arald, BnF. https://www.bnf.fr/sites/default/files/2019-03/plaquette_plan_durgence_etapes.pdf

Concevoir un Plan d’urgence pour les collections patrimoniales, fiche pratique Enssib. Jocelyne Deschaux, 2009, mise à jour 2012. https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/21199-concevoir-un-plan-d-urgence-pour-les-collections-patrimoniales.pdf

Mettre en place un plan de sauvegarde et d’urgence des biens culturels. France Archives, 17/12/2020. https://francearchives.fr/fr/article/94529231

Le site ressource du Bouclier bleu (« Fondé en 2001, Le Bouclier bleu France (BbF) est une association reconnue d’intérêt général. Il œuvre à la protection du patrimoine culturel en cas de catastrophes d’origine humaine ou naturelle »)  http://www.bouclier-bleu.fr/

Plan de sauvegarde des biens culturels. Ministère de la Culture. https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Securite-Surete/Surete-des-biens/Plan-de-sauvegarde-des-biens-culturels

Plan de continuité. Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_de_continuité

Assurer une continuité de service des bibliothèques adaptée au confinement, ABF, 3/11/2020. https://www.abf.asso.fr/1/22/897/ABF/assurer-une-continuite-de-service-des-bibliotheques-adaptee-au-confinement   

Plan de reprise d’activité. Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_de_reprise_d’activité

Sécurité des données informatiques. Dossiers de la CNIL. https://www.cnil.fr/fr/securite-des-donnees

Guide d’hygiène informatique. Renforcer la sécurité de son système d’information en 42 mesures. ANSSI https://www.ssi.gouv.fr/uploads/2017/01/guide_hygiene_informatique_anssi.pdf


[1] Jocelyne DESCHAUX, « Les plans d’urgence dans les bibliothèques : mise en œuvre en cas de sinistre », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2009, n° 1, p. 47-52. En ligne : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2009-01-0047-007 ISSN 1292-8399.

Connaître les publics des bibliothèques

Il est assez complexe de trouver des statistiques récentes, complètes et claires sur les publics des bibliothèques. Tout d’abord parce que la catégorisation des publics dont on souhaite mesurer le rapport à la bibliothèque n’est pas si simple qu’elle le paraît. Ensuite parce que les sources statistiques dont nous disposons sont à la fois multiples, anciennes (le temps de compiler au national des données locales il faut compter deux à trois ans) et souvent très hétérogènes en termes de données mesurées.

De qui parle-t-on ?

Tout professionnel ayant eu un jour à comptabiliser, quantifier, mesurer ou évaluer les publics des bibliothèques a été confronté à la question de la cible : de quel public parle-t-on précisément ? À cet égard le vocabulaire utilisé est intéressant : usagers et non-usagers (temporaires ou absolus), lecteurs ou non-lecteurs, fréquentants (ou non…), séjourneurs, emprunteurs, inscrits, et j’en passe…

Qui mesure et que mesure-t-on ?

En matière de sources on se heurte à leur multiplicité et à leur hétérogénéité. Ainsi pour ce qui concerne les Bibliothèques de lecture publique on peut trouver :

L’enquête bien connue sur les Pratiques culturelles des français dont les résultats – trop anciens (de 1973 à 2008) et qui concernent assez peu les bibliothèques lorsque l’on souhaite des statiques détaillées – sont répertoriés sur le site Pratiques Culturelles

Une nouvelle enquête a été menée en 2018, que l’on peut retrouver sur le site du ministère mais qui ne compte que les « inscrits » et les « usagers »  sous forme de tableaux Excel.

On peut également consulter le site de  l’Observatoire de la lecture publique pour y trouver les Synthèses annuelles des données d’activité des bibliothèques, qui en 2019 nous restituaient les données d’activité 2016 pour les bibliothèques municipales et départementales.

Enfin, on peut se reporter à d’autres études et enquêtes du ministère de la Culture :

Des sources nombreuses donc mais qui ne permettent guère d’obtenir une vision globale, précise et détaillée des publics des bibliothèques. On glane des chiffres çà et là à partir de sources hétérogènes que l’on peine à réunir car elles ne mesurent pas les mêmes données.

Pour les bibliothèques de l’enseignement supérieur, et notamment les bibliothèques universitaires, les sources sont encore moins aisées à trouver : si chaque SCD organise ses propres évaluations, la compilation des données nationales se révèle bien ardue !

On navigue ainsi entre des sources assez éparses :

Certes, l’ambition d’une vision générale et détaillée est sans doute impossible à réaliser tant les données à mesurer sont éparses et hétérogènes.

Mais enfin, (et surtout) « l’évaluation, ce n’est pas que des chiffres », comme le rappelle Cécile Touitou dans le Dossier : « Évaluation en bibliothèque – Au-delà des statistiques et des indicateurs », dans le numéro 96 (janvier-mars 2020) d’Arabesques.

Vous connaissez d’autres sources ? N’hésitez pas à me les envoyer pour compléter cet article.

Interagir avec les utilisateurs sourds et malentendants

La bibliothèque de l’université de Gallaudet aux Etats-Unis a publié sur son site un petit guide pour mieux interagir avec les utilisateurs sourds ou malentendants.

Avec leur aimable autorisation, j’ai traduit et adapté leur guide en une infographie que je partage ci-dessous.

N’hésitez pas à l’imprimer et à l’afficher. Elle est valable en bibliothèque, mais aussi et bien sûr dans tous les services publics et en entreprise.

Pour rappel et pour lutter contre les idées reçues :

  • Il y a environ 5 millions de sourds et malentendants en France mais environ 200 000 utilisent la Langue des Signes. Utiliser la LSF c’est bien mais utiliser uniquement la LSF met de côté la plupart des sourds.
  • C’est un handicap invisible, mais la personne ne doit pas devenir elle-même invisible quand elle exprime son handicap 🙂
  • Les sourds ne sont pas muets, ils ont des cordes vocales et ils peuvent tout à fait parler.
  • Il y a de nombreux degrés dans la surdité, des sourds de naissance ou des devenus sourds.
  • De nombreux sourds sont diplômés et insérés dans l’emploi.

Voici également deux applications très utiles :

  • Ava qui peut sous-titrer sur un smartphone une conservation en temps réel (et dans plusieurs langues)
  • RogerVoice qui permet à une personne sourde de téléphoner en direct (transcription de la voix en sms)

Vous pouvez cliquer sur l’infographie pour la télécharger, et me contacter directement si vous souhaitez la recevoir sous un format imprimable.

L’écrit, c’est fini ?

J’ai proposé fin novembre sur les réseaux sociaux un petit sondage sur les pratiques de lectures professionnelles. Je voulais mesurer un peu mieux un ressenti sur une certaine « désaffection » de l’écrit.

Avant de vous livrer la synthèse de ce sondage, voici d’abord quelques explications sur cette impression.

Cela fait maintenant de nombreuses aux années que je pratique l’exercice de la recherche d’information sur des thématiques liées aux métiers des bibliothèques, de la documentation ou des archives : recherche de références bibliographiques, d’articles de réflexion ou lectures professionnelles pour ma propre auto-formation ou par curiosité.

Depuis quelques temps (mois ? années ?) je suis perplexe sur le peu de contenu gratuit et/ou récent que je parviens à trouver sur le Web : peu d’ouvrages publiés, peu d’articles de fond, une nette diminution de réflexions sur les blogs d’experts, plutôt des billets très courts, des expériences à peine esquissées ou non analysées ni évaluées.

Plutôt pléthore de tweets, de retweets, des mêmes contenus, publiés et republiés sans souvent parfois même avoir été lus.

Lit-on moins ? Écrit-on moins également ?

Plusieurs explications me viennent en tête que je livre à votre réflexion :

  • Le manque de temps (c’est une explication qui ressort du sondage) ? Pris par un quotidien d’autant plus chronophage avec les outils numériques, on ne lit plus d’articles de fond, et l’on passe encore moins de temps à les écrire… Mais le manque de temps n’est-il pas tout simplement une baisse de l’envie de lire ou d’écrire ?
  • Le manque de référencement ? Le classement des résultats privilégiant une forme de popularité les contenus experts peu rediffusés et donc peu populaires disparaissent-ils au fin fond du Web ?
  • Le petit nombre d’éditeurs professionnels et de référence et/ou le petit nombre d’éditeur de revue professionnelle ? Peu ou prou je retombe toujours sur des articles du BBF, d’Archimag, ou d’Arbido. Excellentes revues au demeurant, que je lis régulièrement, mais qui ne peuvent traiter de tous les sujets.
  • Un désintérêt pour l’expertise, analyse, l’approfondissement au profit d’une lecture de surface et de vulgarisation ?
  • La perte de poids de l’écrit : à l’ère de l’image et de la vidéo, pourquoi se fatiguer ?
  • Une plus grande difficulté à lire ? C’est là une réflexion de formatrice, d’ex- prof en université : de plus en plus de personnes semblent  n’avoir plus les clés de la lecture ergative et ne savent pas par quel bout prendre un texte – on me pose souvent la question « faut-il tout lire ? » Comme si cela était obligatoire d’une part (lire en diagonale, repérer les idées principales semble un exercice disparu), et que d’autre part la lecture fatigue…
  • Quant aux auteurs où sont-ils ? Pourquoi n’ont-ils plus envie d’écrire de partager, pourquoi n’ont-ils plus le temps ? Pourquoi le nombre de blogs d’experts a-t-il tant diminué ? (Et je suis la première à publier moins qu’avant sur ce blog qui va fêter ses 13 ans dans un mois – c’est ma bonne résolution de 2019, publier de nouveau régulièrement des billets de fond).

C’est pour éclairer toutes ces questions que j’ai mis en ligne en novembre un petit sondage et merci aux 172 personnes qui ont pris le temps de répondre.

Quelques précisions sont importantes : cet échantillon n’est ni exhaustif, ni représentatif des trois grandes familles de métiers de l’information ; il s’agit donc d’un simple sondage, qui n’a rien de scientifique, les personnes ayant répondu faisant essentiellement partie de mon réseau, et par ce biais représentant des professions spécifiques. Néanmoins comme promis je vous en livre la synthèse sous la forme d’une infographie (cliquez sur l’image pour la télécharger).

Bonne…lecture 🙂